Voix d’éditeur : David Meulemans nous parle !

Dans la prochaine émission des voix du livre (30 juin et 1er juillet), nous recevrons Alexandra Koszelyk, auteur de La dixième muse, publié aux éditions des Forges de Vulcain.

En attendant (oui, c’est loin !), je vous propose de lire la passionnante interview de son éditeur passionné, David Meulemans, qui a très aimablement accepté de répondre à nos questions. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

Vous êtes éditeur mais aussi créateur de formations destinées aux apprentis écrivains et auteur d’un manuel d’écriture. Pourriez-vous nous présenter votre parcours d’éditeur et la manière dont il s’enrichit de votre travail d’accompagnateur d’écriture ?

J’ai initialement fait des études de philosophie. Parallèlement, j’ai été membre d’une troupe de théâtre étudiante, et j’ai animé une revue littéraire. J’ai eu la chance de faire mon premier stage d’apprenti-enseignant à l’étranger, aux États-Unis : j’enseignais le français à des Américains et un des outils pédagogiques était un manuel sur les ateliers d’écriture.

Cette triple expérience (revue, théâtre, enseignement) m’a amené à m’intéresser à la question de la créativité artistique, sous un angle philosophique. Ce questionnement a pris la forme d’une thèse. Une fois la thèse soutenue, j’ai compris que je n’étais pas taillé pour la vie universitaire, et j’ai fondé les éditions Aux forges de Vulcain, comme un double réceptacle : pour y faire au quotidien ce que j’aime faire, et pour faire avancer un certain type de littérature.

Ces différentes expériences intellectuelles et artistiques ont formé l’éditeur que je suis. J’essaye d’être un éditeur pragmatique, je n’impose pas de méthode de travail, j’essaye de m’adapter aux écrivains que je publie. Certains désirent m’exposer leur travail au cours de sa réalisation. D’autres ne veulent me montrer que le texte achevé. Je m’adapte. Le théâtre m’a appris qu’on pouvait reprendre trente fois la même scène tant qu’elle ne fonctionne pas. Le théâtre m’a aussi appris, notamment parce que c’était du théâtre étudiant, qu’il fallait savoir un peu tout faire : les décors, les affiches, les costumes, etc. Ou, du moins, avoir une vague notion des contraintes et logiques qui s’imposent aux personnes qui sont compétentes dans ces aspects du travail théâtral.

Je pense ainsi qu’une éditrice ou un éditeur doit conserver une vision globale du processus d’édition. Enfin, je pense que, parfois, dans l’édition, on se concentre sur les textes, pas assez sur les personnes. Or, dans les autres pratiques artistiques, on est plus attentif aux personnes, à leurs besoins. Cela étant, tout ce que je décris, c’est l’idéal et l’idéal est ce que l’on vise, pas ce que l’on atteint.

Vous avez édité le dernier roman d’Alexandra Koszelyk, La dixième muse, en janvier dernier. Ce roman atypique transcende les genres puisqu’il mêle biographie, réalisme magique et mythologie et sort des classifications de genre habituelles. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le publier et comment avez-vous travaillé avec l’autrice sur ce roman ?

Tout d’abord, Alexandra était déjà entrée au catalogue des forges avec son premier roman, A crier dans les ruines. Elle avait donc l’assurance que je la publierais. Ensuite, Alexandra m’avait un peu parlé du sujet, et j’attendais avec impatience de pouvoir lire le premier jet. Il me semblait, et ma première lecture ne démentit pas cette impression, que tous les éléments qui font l’univers mental d’Alexandra (la nature, la réflexion sur l’Antiquité, le regard tourné vers l’Est, la poésie), que ce deuxième roman les conservait, mais les réorganisaient complément.

Ce qui a permis d’éviter deux écueils : dans ce deuxième roman, on retrouver Alexandra et, pour autant, ce n’est en rien une redite de son premier roman. Mon travail avec Alexandra a consisté à l’écouter. Je pense que, parfois, elle hésitait sur une chose, m’en parlait, le fait de formuler la chose la clarifiait à ses yeux, et l’elle trouvait une autre manière de formuler les choses.

En cela, je n’ai pas fait grand-chose, sinon lui permettre, en quelque sorte, d’être parfois moins seule dans cette aventure.

Dans la présentation que vous faites parfois de votre ligne éditoriale, vous expliquez rechercher une « voix » dans les romans que vous recevez. Comment définiriez-vous la « voix » d’Alexandra Koszelyk et comment s’inscrit-elle parmi celles des auteurs que vous publiez ?

Dans les deux premiers romans d’Alexandra Koszelyk, on retrouve plusieurs thèmes récurrents. Une réflexion sur la Nature. Une défense et illustration permanente du rôle des poètes. Un retour régulier aux mythes antiques. Une tendresse pour le monde de l’Est. Ce sont des thèmes qu’elle tresse. Je pense qu’ils reviendront dans ses prochains romans. Leur entremêlement est à la fois inattendu et harmonieux, ce qui en fait les lignes de force d’une voix unique.

Au sein des forges, il n’y a pas d’école, ou de style commun – auteurs et autrices sont des voix fortes, aux identités très marquées. Mais on peut trouver comme des airs de famille. Le goût d’Alexandra pour la poésie la rapproche de Gilles Marchand. Son naturalisme la rapproche de Michèle Astrud. Son attention aux personnes discrètes, aux seconds rôles, résonne avec Claire Duvivier. Son obsession pour les mythes me rappelle Jean-Luc d’Asciano.

Quels sont vos projets pour les Forges de Vulcain ?

Continuer. D’un côté, aider les autrices et auteurs déjà inscrits au catalogue à approfondir leur œuvre. D’un autre côté, découvrir, chaque année, un nouvel auteur, une nouvelle autrice.»

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