
« Vous voulez que j’écrive aussi ce passage-là ? »
C’est ma question à la narratrice dont je rédige le témoignage. Nous relisons le synopsis pour vérifier que tout lui convient. Le passage en question est, disons, très personnel. Personne d’autre qu’elle n’est concerné, mais il révèle une partie assez intime de sa vie.
Elle répond sans hésitation :
– Si j’écris un témoignage, c’est pour que les gens sachent vraiment comment ça se passe. Pour qu’ils puissent se reconstruire.
Elle a raison, évidemment.
C’est un aspect fondamental du témoignage : la vérité comme fondement de la reconstruction. Et pas seulement pour celle qui écrit : témoigner de ce qu’on a vécu (et souvent, c’est du très lourd) aide autant la personne qui raconte que celle qui lit.
Qu’on ait vécu ou pas ces situations, en prendre connaissance en toute transparence nous donne les moyens de mieux comprendre les autres.
À moi de mettre les mots en forme pour que le résultat soit lisible, sans complaisance ni voyeurisme : de l’authentique partagé d’humain à humain.
Donc c’est parti, j’écris toute la vérité !
NB : je précise que le passage ne mettait en cause personne d’autre que la narratrice. Quand d’autres sont concernées, la question peut alors se poser en termes juridiques. Mais c’est un autre sujet…